samedi 1 novembre 2008

Relogements galères à la Canardière

Elles devraient déjà avoir disparu. La grande barre de la rue Schulmeister et la tour Jean Hoepffner à la Canardière sont toujours debout. Inscrits au programme de rénovation urbaine du quartier, les travaux de démolition devraient débuter, au plus tôt, au printemps de l'année prochaine. Des "lots" de résidences à quatre étages doivent remplacer ces grands bâtiments construits à la fin des années 1950. En attendant, le relogement des habitants avance très lentement.

Rue Schulmeister : démolition en deux temps

« On manque de places » dans le quartier, et « les habitants veulent rester à la Meinau », explique Richard Mistler, directeur de la Sibar, propriétaire d’une partie du parc immobilier de la Canardière. Rue Schulmeister, il ne reste plus que 36 familles sur les 160 logements que compte la grande barre. Au départ, la démolition totale du bâtiment était prévue pour 2008. Finalement, l'édifice sera détruit en deux temps, et la Sibar espère commencer la démolition de la première tranche (du n°2 au n°10) début 2009. Dans cette seule partie, il reste actuellement 11 familles à reloger.

L'immeuble Sibar de la rue de Schulmeister. Les volets fermés témoignent du départ des familles déjà relogées. La grande majorité est restée à la Meinau.

Au n°12 de l’immeuble, une des locataires, Marie-France Jimenez, installée au 6e étage, prépare son déménagement. « Ca empire ici. Ca zone, ça trafique, mais personne ne fait rien », se plaint cette mère de deux enfants. Elle habite à la Meinau depuis l'âge de 7 ans et, à l'image de la grande majorité des relogés, elle voulait rester à la Canardière. « Mais je suis contente de m'éloigner des immeubles HLM et d'aller plus à l'arrière du quartier », souligne-t-elle.

Au 7e, Bastien Bouillon n’est, lui, « pas pressé de partir ». « Je ne paye pas cher », explique le jeune homme. Sa mère et sa soeur habitaient aussi l'immeuble. Comme d'autres locataires, elles ont été relogées dans les nouveaux appartements de la place de l'île de France.

« Au début rien ne marchait ! »

« Ces déménagements ont été groupés pour garder le lien entre les locataires », explique Lassad Essadi, responsable du programme de rénovation urbaine à la mairie de quartier. Même si les relogés de Schulmeister semblent satisfaits d'habiter désormais dans du neuf, les problèmes techniques rencontrés après leur emménagement les ont irrités. « Au début rien ne marchait : les prises, les téléphones..., râle une habitante. Et puis regardez ! Vous pensez que c'est normal d’avoir le mur de mes toilettes qui bouge comme cela ! On nous a dit que notre ancien immeuble était hors normes mais pour moi c'est celui-ci qui l’est !», poursuit-elle, persuadée que son nouvel appartement a été construit de manière précipitée.

La Sibar concède des problèmes de mise en route mais assure que l’immeuble est conforme à toutes les obligations. « A partir du moment où on a pris connaissance des problèmes, on a fait le nécessaire », explique Karine Silvestri à la Sibar. « Et puis on oblige les gens à quitter leur ancien appartement, poursuit-elle, donc si tout n'est pas nickel tout de suite, ça coince ». Surtout si les loyers ont au passage augmenté. « Même ramené à un mètre carré équivalent, j'ai fait le calcul, je paye entre 70 et 80 euros de plus par mois... », souligne la même habitante, résignée.

La destruction de la tour Jean Hoepffner ne commencera pas avant le printemps prochain. Elle devrait laisser place à de nouvelles résidences. Le square aussi devrait disparaître au profit de nouveaux logements.

Du côté des logements sociaux de CUS-Habitat, le relogement des locataires de la tour Jean Hoepffner a aussi pris du retard. L'immeuble aurait dû être détruit cette année, or neuf familles se trouvent encore dans les appartements. Elles viennent tout juste de recevoir une lettre de leur bailleur leur expliquant qu'elles devront quitter l'immeuble avant avril prochain.

« Cette lettre, je la prends comme une menace ! », lance une locataire du 7e au bord des larmes. « Au départ, ils nous ont dit "Vous souhaitez aller où madame ?" et maintenant, ils n’ont rien pour moi et veulent nous jeter dehors ». Pour Moussa Cheded, au rez-de-chaussée, la colère contre CUS-Habitat est encore plus forte. « Ils se fichent carrément de nous ! Ma femme est asthmatique, j'ai demandé un rez-de-chaussée et ils m'ont proposé un 3e étage ».

565 logements sociaux détruits, 299 de reconstruits

Assise dans son salon, Chantal S. attend les déménageurs au milieu de ses cartons. Faute de places disponibles à la Meinau et de moyens, elle doit déménager derrière les Halles. « Ils sont pressés de nous foutre dehors ». accuse-t-elle. « J'ai été prévenue seulement il y a une semaine de ma date de déménagement ».

Chez CUS-Habitat, on admet quelques soucis au niveau des délais mais on assure faire tout son possible pour reloger les gens selon leurs souhaits. D'ici avril, le bailleur s'est engagé à faire une nouvelle proposition à toutes les familles de la tour. « On fait de notre mieux pour prendre en compte la composition familiale, les revenus, le secteur demandé, explique Frédéric Falcetti, responsable de l'agence de la Meinau. A nous de leur trouver quelque chose qui leur convienne, car ils n'ont pas choisi de partir et nous avons une obligation de relogement ».

Chantal S. à la veille de son déménagement, 7e étage de la tour Hoepffner.

La convention de rénovation urbaine de la Canardière signée en 2006 prévoit la construction de 299 logements sociaux et 374 logements privés, après démolition de 565 logements, tous sociaux.

Pour les associations, cette volonté de mixité sociale, tout en promettant aux familles un relogement dans leur quartier est un leurre. « C'est bien joli de faire de nouvelles habitations mais elles sont trop chères, critique Marthe Schaeffer de l'association des résidents de la Meinau (AREM). Au final, les familles les plus modestes resteront dans de l'ancien et ceux de la tour Hoepffner seront obligés de prendre ce qu'on leur donne ».

Même son de cloche pour Yves Vitale, de l'association des locataires HLM Meinau : « Le problème c'est de détruire des logements très sociaux sans en reconstruire de nouveaux, notamment dans les beaux quartiers. Du coup, on va parquer les gens à Hautepierre ou à Cronenbourg ».

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