vendredi 31 octobre 2008

La crise fragilise le milieu protégé

Thomas* lutte avec un bout de ruban adhésif qui s´enroule autour de son doigt alors qu´il tente de recouvrir un livre. L´entreprise adaptée (EA) de la Meinau vient de recevoir une commande importante de la médiathèque André Malraux.


Des centaines de livres s'empilent dans l'atelier où travaillent les 25 employés handicapés psychiques de l´EA. Des recueils de contes qui passeront par beaucoup de petites mains tachées de chocolat, des BD qui seront dévorées par des générations d'amateurs et qu´il s´agit de protéger.
«Par notre travail ici, n
ous nous sentons utiles aux autres», se réjouit Jean*, huit ans d´expérience, le plus ancien de l´atelier. «Cela nous permet d´avoir une place dans la société malgré notre handicap.» Les personnes handicapées psychiques souffrent des conséquences à long terme d'un trouble psychique. En général, ce type de trouble n'apparaît qu'au cours de l'adolescence ou à l'âge adulte et induit des difficultés d'épanouissement social et professionnel. L'EA fournit un cadre protégé qui permet à ces personnes d'exercer un travail malgré leur handicap. «Si je devais perdre mon travail dans l'EA, je passerais mes journées seul devant la télé et ce serait la rechute assurée», estime Jean.

Une entreprise comme les autres face à la crise

La crise économique qui frappe la France entière n´a pas épargné l´entreprise adaptée. « Il y a nettement moins de commandes », confirme Yvette Fride, directrice de l´entreprise. « Si des entreprises qui nous sous-traitent régulièrement des activités rencontrent des difficultés, nous sommes touchés aussi. »

De l´initiation au travail jusqu´à la préparation au retour en milieu professionnel ordinaire, l´association Route Nouvelle Alsace dont fait partie l´EA propose à la Meinau une filière complète de réinsertion professionnelle avec des activités diverses telles que la saisie informatique, la mise sous pli, le publipostage ou encore le conditionnement. L´EA est la structure qui se rapproche le plus du monde de l'entreprise et, par là, des impératifs de rentabilité. Contrairement à l´ESAT (Etablissement et service d´aide par le travail, ex-CAT) qui propose une orientation professionnelle de courte durée, les employés de l´EA disposent d´un CDI. Des salaires d´un équivalent de 13 temps plein rémunérés à hauteur du SMIC doivent être payés avec l´argent qui rentre grâce aux commandes. Les aléas de la conjoncture actuelle frappent pour cela durement l´entreprise.

«Ce qui prime, c'est le projet social.»

« De toute façon, nous devons toujours en faire plus que les autres », explique Carine Rocher, monitrice à l´EA. « Au début, les entrepreneurs se méfient, ils ont des à prioris sur les handicaps psychiques et se demandent si nous sommes capables de bien faire le travail.» Avec la crise, la tension sur les marchés augmente. Néanmoins, les structures de Route Nouvelle Alsace profitent du fait que les entreprises de plus de 20 salariés peuvent s’exonérer d’une partie de leurs obligations d’employer des personnes handicapées en confiant des marchés à un ESAT ou une entreprise adaptée.

« Ce qui prime tout de même dans toutes nos structures, c´est le projet social », rappelle Charles Nécol, directeur de l´ESAT. « La reconnaissance de la personne, sa participation au processus économique et son intégration sociale. Les considérations économiques viennent après. » Des bénéfices supplémentaires pourraient néanmoins venir en aide à tous ceux qui attendent leur chance de réintégrer le monde professionnel. Les délais d´attentes pour une place dans les ateliers de Route Nouvelle Alsace peuvent aller jusqu´à plusieurs années. Les employés de l´EA se considèrent chanceux. Ils savent que les emplois, en milieu protégé comme dans le milieu ordinaire, se font de plus en plus rares. Une des tâches qui leur est souvent confié par de grandes entreprises est la rédaction et l'envoi de lettres de refus. Ce travail-là, au moins, l´EA ne risque pas de le perdre ces prochains mois.

*Nom changé par la rédaction

Pour en savoir plus: Route Nouvelle Alsace


RAID inter-quartier : la Meinau de nouveau

Les jeunes de la Meinau ont remporté hier, pour la deuxième année consécutive, le raid nature du centre de loisirs jeunesse (CLJ). Malgré le temps frais et la pluie de ces trois derniers jours qui ont accompagné les épreuves sur la plage de l'étang de Baggersee, l'équipe du quartier s'est imposée devant les Spartiates du Marais de Schiltigheim et les Meufs du Neuhof.

jeudi 30 octobre 2008

Où acheter sa baguette à la Meinau ?



Le quartier de la Meinau est pauvre en commerces de proximité. Aucune boutique dans la plaine des Bouchers. Pour trouver des cigarettes, l'employé de PME doit se rendre avenue de Colmar. Grâce à la proximité du tramway, les environs du stade sont bien fournis.
Les habitants des villas cossues doivent se rendre rue de la Meinau pour acheter leur baguette de pain et rentrer dans la Canardière pour dénicher une épicerie. Depuis un an, la réhabilitation de la place de l'Ile-de-France a donné un nouvel attrait aux boulangeries, à la charcuterie et à l'épicerie. Habitants des villas et des HLM se retrouvent au marchand de journaux de la rue Charlemagne, le seul du secteur. Rue de la Canardière, les supermarchés Mutant et Simply market concurrencent le petit commerce.
En revanche, pour les habitants de la zone sud-est de la Canardière, les alentours du siège de CUS habitat se vident : la boulangerie, le bureau de tabac et le Mutant ne sont plus là. Seule la pharmacie St-André reste ouverte.

Des résidents embourbés rue de Corse

La pluie de ces derniers jours complique singulièrement la vie des résidents de la barre du n°14 au 18 de la rue de Corse. L’eau a transformé le chantier de voirie, situé juste en dessous de cette immeuble, en véritable parcours du combattant boueux. Sauter par dessus la flaque d’eau, emprunter le chemin de sable mouillé au risque de salir ses chaussures ou contourner entièrement les travaux en perdant plusieurs minutes : ce sont les dilemnes qu’affrontent chaque jour les habitants. “C’est très difficile de circuler avec un landeau. Je n’ai toujours pas trouvé la solution idéale”, déplore une mère de deux petites filles âgées de 3 et 5 ans. Autre désagrément, la circulation en deux-roues. Eric, 19 ans, peste, à peine descendu de son scooter : “J’ai de la boue sur la carrosserie et mon bas de pantalon est trempé”. Le chef de chantier n’est pas optimiste : “Si le temps continue comme ça, on aura du retard sur la fin des travaux, prévues à la fin de l’année”. Et pluie ou pas, le bruit des pelleteuses et des camions devrait continuer à gêner les riverains encore plusieurs semaines.

Déblayer la forêt, en attendant le Sahara

Le froid et la pluie ne les ont pas découragés. Neuf jeunes du quartier ont répondu présent jeudi matin pour aller déblayer la forêt d'Illkirch au sud des barres de la Canardière. Quatre filles et cinq garçons, entre 14 et 16 ans, venus pour financer un voyage dans le sud de la Tunisie pour les uns ou plus modestement passer une journée à Europapark pour les autres.

Encadrés par deux éducateurs spécialisés de la PAM (association de prévention spécialisée et d'action sociale à la Meinau), les adolescents, en 3e au collège Lezay Marnésia, viennent pour la deuxième fois de la semaine manier la scie et le sécateur pour nettoyer la limite communale entre Strasbourg et Illkirch.

Les garçons, emmenés par Abed, Amine et Yahya,
attaquent la partie ouest du sentier


Chacun doit travailler en tout cinq demi-journées, payées 6,50 euros de l'heure par l'office national des forêt (ONF). La somme récoltée ira sur un compte commun destiné à payer une partie d'un séjour de 10 à 12 jours en février dans un petit village du sud de la Tunisie à l'orée du Sahara.

Sur le chantier, les filles se mettent à quatre pour découper un arbre, faire respirer la forêt jusqu'à voir la cité au loin. "On va apprendre plein de choses en Tunisie. Par exemple, comment ils font pour économiser l'eau, explique Myriam, on va aussi voir comment vivent les familles". Avec l'autre Myriam, Sibel attend avec impatience "de voir le Sahara". Même chose pour Hajar : "ici il fera froid en février alors que là-bas on aura chaud. On va rencontrer une autre culture".

Les filles font tomber les dernières branches
et dégagent la vue sur la Canardière


Pour financer une partie de leur voyage, les jeunes doivent participer à des chantiers comme celui-ci, à d'autres activités comme des ateliers de correspondance avec des familles tunisiennes ou encore une collecte de matériel scolaire. En échange, ils doivent faire des efforts au collège pour montrer leur motivation. "On s'est entendu avec vos profs, les comptes sont remis à zéro" rassure Haydar Kaybaki, leur éducateur.

Plus loin, Boris et Yahiya s'attaquent ensemble à un tronc d'une vingtaine de diamètre. L'arbre s'écroule quelques minutes plus tard sous les regards satisfaits des deux garçons. Comme six autres jeunes du quartier, ils accompagneront les filles en Afrique du Nord.


Au moment de la pause goûter, au coin d'un feu improvisé, les jeunes discutent de leur prochain voyage. "Haydar, à quelle heure on prendra l'avion ?", lance Hajar à l'éducateur. Loin de la vie au quartier et du froid automnal de la forêt d'Illkirch, les adolescents iront dormir à la belle étoile dans le désert lors d'un randonnée à dos de dromadaire de trois jours, visiter la ville de Tataouine mais également assister à des cours dans leur village d'accueil.

Hajar, assise sur un tronc en termine avec son dernier arbre de la journée.

Ce jour-là, le "groupe Tunisie", est accompagné d'Abed, Essam et Amine. Eux sont arrivés en france l'an dernier et font partie d'un autre projet de l'association. Ils viennent travailler pour payer une partie de leur journée à Europa Park avec leur éducatrice Marie Fournet.

En attendant, tous doivent finir leur travail pour l'ONF. Encore plus de 3 km de forêt à déblayer. Hajar, assise sur un tronc en termine avec son dernier arbre de la journée. "Vous voyez tout ce qu'on fait pour la Tunisie ? Si après ça on y va pas..."