
Des centaines de livres s'empilent dans l'atelier où travaillent les 25 employés handicapés psychiques de l´EA. Des recueils de contes qui passeront par beaucoup de petites mains tachées de chocolat, des BD qui seront dévorées par des générations d'amateurs et qu´il s´agit de protéger.
«Par notre travail ici, nous nous sentons utiles aux autres», se réjouit Jean*, huit ans d´expérience, le plus ancien de l´atelier. «Cela nous permet d´avoir une place dans la société malgré notre handicap.» Les personnes handicapées psychiques souffrent des conséquences à long terme d'un trouble psychique. En général, ce type de trouble n'apparaît qu'au cours de l'adolescence ou à l'âge adulte et induit des difficultés d'épanouissement social et professionnel. L'EA fournit un cadre protégé qui permet à ces personnes d'exercer un travail malgré leur handicap. «Si je devais perdre mon travail dans l'EA, je passerais mes journées seul devant la télé et ce serait la rechute assurée», estime Jean.
Une entreprise comme les autres face à la crise
La crise économique qui frappe la France entière n´a pas épargné l´entreprise adaptée. « Il y a nettement moins de commandes », confirme Yvette Fride, directrice de l´entreprise. « Si des entreprises qui nous sous-traitent régulièrement des activités rencontrent des difficultés, nous sommes touchés aussi. »
De l´initiation au travail jusqu´à la préparation au retour en milieu professionnel ordinaire, l´association Route Nouvelle Alsace dont fait partie l´EA propose à la Meinau une filière complète de réinsertion professionnelle avec des activités diverses telles que la saisie informatique, la mise sous pli, le publipostage ou encore le conditionnement. L´EA est la structure qui se rapproche le plus du monde de l'entreprise et, par là, des impératifs de rentabilité. Contrairement à l´ESAT (Etablissement et service d´aide par le travail, ex-CAT) qui propose une orientation professionnelle de courte durée, les employés de l´EA disposent d´un CDI. Des salaires d´un équivalent de 13 temps plein rémunérés à hauteur du SMIC doivent être payés avec l´argent qui rentre grâce aux commandes. Les aléas de la conjoncture actuelle frappent pour cela durement l´entreprise.
«Ce qui prime, c'est le projet social.»
« De toute façon, nous devons toujours en faire plus que les autres », explique Carine Rocher, monitrice à l´EA. « Au début, les entrepreneurs se méfient, ils ont des à prioris sur les handicaps psychiques et se demandent si nous sommes capables de bien faire le travail.» Avec la crise, la tension sur les marchés augmente. Néanmoins, les structures de Route Nouvelle Alsace profitent du fait que les entreprises de plus de 20 salariés peuvent s’exonérer d’une partie de leurs obligations d’employer des personnes handicapées en confiant des marchés à un ESAT ou une entreprise adaptée.
« Ce qui prime tout de même dans toutes nos structures, c´est le projet social », rappelle Charles Nécol, directeur de l´ESAT. « La reconnaissance de la personne, sa participation au processus économique et son intégration sociale. Les considérations économiques viennent après. » Des bénéfices supplémentaires pourraient néanmoins venir en aide à tous ceux qui attendent leur chance de réintégrer le monde professionnel. Les délais d´attentes pour une place dans les ateliers de Route Nouvelle Alsace peuvent aller jusqu´à plusieurs années. Les employés de l´EA se considèrent chanceux. Ils savent que les emplois, en milieu protégé comme dans le milieu ordinaire, se font de plus en plus rares. Une des tâches qui leur est souvent confié par de grandes entreprises est la rédaction et l'envoi de lettres de refus. Ce travail-là, au moins, l´EA ne risque pas de le perdre ces prochains mois.
*Nom changé par la rédaction


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